vendredi 8 janvier 2016

Trois semaines en pays Malgache



Et voilà, notre séjour à Madagascar se termine, on en aura pris plein les mirettes !! Nous sommes partis de Tana (au centre) pour aller jusqu’à Tuléar (Sud-Ouest) en 4x4: c’est le circuit de la fameuse route Nationale 7. Après avoir traversé les hauts plateaux, on descend dans de grands parcs nationaux : l’un d’eux façon forêt amazonienne, un autre version massifs pyrénéens, et un dernier s’apparentant davantage au grand canyon (sans commune mesure). A la fin de cette  route nationale (le nom nous a fait rire vu son état !), on finit par des plages paradisiaques…

Petite fille heureuse de nous montrer sa cordelette. Les enfants adorent quand on leur montre
la photo qu'on a pris d'eux. Ils explosent de rire!


Madagascar est une île surprenante de part la variété de ses paysages, la diversité de ses tribus et de l’ensemble de leurs coutumes. C’est un véritable voyage dans le temps. La population est constituée d’un métissage de plusieurs cultures, ce qui fait qu’à Tana, les malgaches sont plutôt typés asiatiques et sur les côtes, davantage africains. C’est aussi un pays très pauvre où le salaire moyen est de 40 euros par mois. La corruption est telle que personne ne fait confiance au gouvernement, ni aux policiers qui contrôlent les voitures fréquemment histoire d’avoir leur petit « pourboire »,… A cause de cela, les sectes sont de plus en plus importantes à Madagascar car la population ne sait plus vers qui se tourner pour bénéficier d’un avenir meilleur (les paysans illettrés sont des proies faciles).

Ce qui est rageant, c’est que Madagascar déborde de richesses : agriculture abondante, mines de pierres précieuses, pétrole,…

Les enfants travaillent dès leur plus jeune âge (l’école n’est pas obligatoire). Il est maintenant "normal" pour nous de voir des mômes porter des sacs de pierre sur la tête, de tirer des sacs de charbon, de surveiller le troupeau de zébu, d'écosser les pois chiches, de piquer le riz... Les temps sont durs pour beaucoup, mais le sourire est toujours là.

Rien ne se perd, tout se récupère: les malgaches sont très habiles de leurs mains, chaque village a sa spécialité qu’il s’agisse de la vannerie, de la marqueterie ou encore de la sculpture sur bois. 


Place maintenant aux photos, on vous emmène à travers notre circuit sur la RN7:



Les rizières des hautes terres entre Tana (1200m d’altitude) et Antsirabe (1400m)

La lessive se fait près des rizières.

Le lac Tritiva avec son eau bleu turquoise aux abords d'Antsirabe.
                                 

Arrivés à Ambositra, bourgade toujours située dans les hautes terres, nous avons voulu voir comment vivait la tribu Zafimaniry. Il s’agit d’une population nomade qui vit de façon très reculée (sans eau ni  électricité) et dont les maisons en bois sont encastrables (pas de clous !) afin d’être démontables et pouvoir bouger au grès des saisons ou des années. Après avoir pris une piste avec notre 4x4 pendant près d'1 heure, nous nous sommes arrêtés et avons randonné 3h avant de pouvoir découvrir leurs villages hors du temps.

Après une randonnée sous les nuages, la brume laisse finalement apparaître un village Zafimaniry.

La rizière au centre du village.

Poules, cochons, zébus... tout est bon à manger!

Il n'y a pas de cheminée dans ces maisons, la cuisine se fait dans l'unique pièce mais du coup,
la fumée noircit tout à l'intérieur.


Nous sommes ensuite partis plus à l’Est pour découvrir le canal des Pangalanes en pirogue. A travers une ballade d’une journée, nous avons  visité  plusieurs petits villages de pêcheurs.






Tout un art de porter le petit frère sur le dos!



Le canal des Pangalanes longe l'océan mais à cet endroit, baignade interdite à cause
des forts courants qui amènent au large!


Puis, nous sommes revenus sur nos pas pour rejoindre la RN7 en passant par le parc national de Ranomafana, toute une aventure…  On y trouve une végétation abondante car ici, il pleut tout le temps ! Les forêts sont de véritables pharmacies pour les malgaches. Ils trouvent tout ce qu'ils veulent dans les plantes médicinales. Nous avons commencé une petite randonnée dans le parc en début de matinée et puis au bout d’une heure nous avons demandé à notre guide de rentrer. La raison ? Nous avions les jambes remplies de sangsues !

Un lémurien en plein déjeuner



Pour nous réconforter de cette aventure pas très agréable, voici où nous avons passé notre réveillon de Noël. Plutôt chouette comme endroit !  

On s'est fait plaisir pour la nuit de Noël: bungalow sur pilotis. 


En descendant encore vers le sud, nous sommes allés passer quelques jours au parc national de l’Andringitra: un endroit parfait pour faire des randos et du parapente. C’est également un site mondialement connu pour faire de l’escalade. Nous avons tous les deux décidé de faire notre baptême de parapente ici, et il faut avouer qu’on est assez fans !

Notre camp de petits bungalows juste au pied du pic du Tsaranoro. C'est très isolé: l'électricité
est par groupe électrogène, et fonctionne de 18h à 22h. Les randos ici sont magnifiques.

De nouveaux types de lémuriens, ce sont eux les symboles de Madagascar.

Les paysages nous ont fait penser aux vallées de nos Pyrénées.


Premier saut en parapente depuis le pic du Caméléon.


Les rizières, encore et toujours, à tous les repas. 

Des lémuriens amoureux.





Sur la route vers le parc national de l’Isalo, petite crevaison au milieu de nulle part…




Nous voici maintenant dans l’Isalo, un parc beaucoup plus aride rempli de canyons et de piscines naturelles.

On dirait un mini-baobab avec un gros ventre (dixit Max).



Je suis caché!

Troisième espèce de lémurien, un vrai nounours.

Trop bien la baignade après une rando.



Nous avons passé le nouvel an à Tuléar chez des amis, très chouette ambiance lors d’un repas malgacho-camoureno-francais !




Tout au long de notre voyage, on a vraiment bien mangé! On ne s'attendait pas à trouver du foie gras local à rendre jaloux un landais. L'autre découverte, c'est la viande de zébu: excellente. Côté desserts, c'était le plus souvent des fruits de saison (litchis, mangue, bananes, ananas) soit en salade, où flambés au rhum.


Bonne année 2016!

Une petite grotte d'eau douce à quelques kilomètres de Tuléar.


Pour terminer notre circuit vers le Sud, nous avons pris la direction d’Anakao avec un bateau depuis Tuléar. C'est un petit village de pêcheurs, un vrai coin de paradis.

Pour embarquer sans se mouiller, une charrette avec des zébus
 nous emmène sur le bateau. Trop cool.

Toutes les voiles des pirogues sont cousues avec
des morceaux de tissu récupéré. Du vrai patchwork!

Direction l'ïle de Nosy Ve en pirogue de pêcheur. L'après-midi, le vent se lève fort. Pour le retour,
c'était vraiment sport: des creux de vague, besoin de faire contre-poids sur le balancier!

Douche au seau d'eau (douce) dans l'écolodge où nous avons dormi.


Personne à l'horizon. Un vrai paradis.



On espère vous avoir donné envie d’aller visiter ce magnifique pays. Pour nous c’est décidé, on part découvrir le Nord en Octobre 2016 !

Très bonne année à tous et à très vite,

Agathe et Max.


mardi 1 décembre 2015

"La vie est belle, le monde pourri."


Coucou !


Voici quelques nouvelles de Mayotte, d’où nous avons assisté avec horreur aux attentats de Paris.  Pour vous éviter de lire quelque chose de trop déprimant, je vais équilibrer cet article en jonglant avec la gravité du sujet, et la légèreté de nos photos sous les tropiques.


Au collège, nous avons tenu une minute de silence avec nos élèves mahorais. Nous en avons parlé avec eux, et j’avais hâte de savoir ce qu’ils en pensaient, où plutôt ce qu’on leur donne à penser à l’école coranique. En effet, 95% des mahorais sont musulmans, et l’on peut se questionner sur leur vision de ces terroristes qui interprètent leur religion à l’envers.


Pour l’instant, il règne à Mayotte un islam tolérant, et aucun discours intégriste n’a pointé jusqu’à mes oreilles. Ouf ! Mais jusqu’à quand ? Parait-il, certains Imams reviennent d’Egypte avec des discours plus radicaux. Heureusement ils sont une minorité, et j’espère qu’ils n’abrutiront pas les jeunes enfants qui répètent sans comprendre ce qu’on leur dicte à l’école coranique (l'arabe n'est pas la langue de Mayotte, les enfants ne comprennent pas tout ce qu'on leur dit d'apprendre par cœur).


Le Moringue : combat traditionnel à mains nues qui oppose deux villages.

Dans cette posture, il attend qu'un rival vienne le défier.

Lui c'est l'inverse, il vient défier un rival en frappant sa main et en le regardant 
dans les yeux. Ça veut dire: viens dans le ring avec moi!


A Mayotte, nous sommes sur une île, et l’idée répandue que l’on s’y sent coupé du monde s’avère vraie. Il est tout à fait possible ici de ne s’inquiéter de rien, de continuer à penser à des soucis futiles et mineurs. Les attentats de Paris ont marqué Mayotte, mais de loin. Un peu comme les attentats en Syrie ont depuis des années marqué la France, mais de loin. Tout change lorsque cela se passe chez nous, dans des lieux que l’on connait, avec des personnes que l’on aime.




Beaucoup d'ambiance dans cette soirée, c'est un vrai spectacle, rythmé au son des tam-tam!


Le Moringue, on y a assisté un peu par hasard. On nous a dit "tiens, ce soir, y'a Hamjago contre M'tsahara, ça vaut le coup, ces deux villages ne peuvent pas s'encadrer". Ha bon? Allons voir... On a été agréablement surpris, nous qui n'avions pas de goût prononcé pour voir des gens se cogner dessus. En fait, il y a tout autour du combat une ambiance très chaleureuse, où le son des tam-tam vous emporte et vous donne presque envie de vous lancer dans l'arène.



C'est ouvert à tous, n'importe qui peut entrer dans le cercle. 
J'y suis pas allé, j'ai estimé ma durée de combat à environ 6 secondes... 

Évacuation de l'arbitre... après un coup perdu!


Ça se passe le soir et ça peut durer toute la nuit, tant qu'il y a des combattants qui veulent se taper sur la gueule. Deux arbitres surveillent et interviennent en général au bout de 40 secondes pour arrêter le combat, et éviter que ça ne dégénère trop. Un homme, armé d'une branche de coco, fouette violemment les jambes des spectateurs pour élargir le cercle qui a tendance à se refermer. A la fin du combat, les arbitres forcent les deux combattants à se serrer la main et à se prendre dans les bras (câlin forcé pour ceux qui se détestent, câlin d'amitié pour les copains qui se sont affrontés). Les mamas encouragent les jeunes. Parfois ce sont des petits de 13/14 ans qui se battent, et la plupart du temps ce sont des "grands". Il n'y a aucune technique de boxe. L'idée, c'est de rentrer la tête et de balancer les bras dans tous les sens, pourvu que ça frappe. Quand ça touche, c'est violent, car les mahorais sont vraiment costauds!

Il y a toute une question d'honneur et de fierté dans le Moringue. Les combattants qui vont défier un rival le font aux yeux de tous, il ne s'agit pas de se dégonfler. Pourtant ça arrive. Le grand mec en short vert dans la photo un peu plus haut n'a eu aucun combattant. Tous les mecs qu'il a "invité" se sont défilés. Il est sûrement connu pour être taré! Ceux qui se défilent sont sifflés gentiment, ou alors sont poussés dans l'arène par leurs copains. C'était vraiment une chouette soirée.


Petite pause culinaire: 

Quand on a le blues du pays, rien de tel qu'un bon Génépi (merci Jack!),
du saucisson et du pâté de campagne (merci les parents!). Vive les colis de la poste!

Nouvelle tentative: petites boules de pain aux raisins!


Pour montrer que des actes d’horreur lointains peuvent choquer mais n’empêchent pas de continuer ses habitudes de vie, il suffit que je vous raconte ce qui s’est passé dans trois villages à proximité du notre. Nous avons appris que certains Mahorais, ceux qui vouent une haine et éprouvent un racisme virulent envers les Anjouanais, ont effectué plusieurs rafles pour les expulser. Ils ont détruit leurs Bangas en tôle et les ont expulsés des villages. Soit disant, tous ces sans-papiers volent dans les champs, apportent des problèmes et devraient rentrer chez eux. Sauf que chez eux, c’est la merde et c’est justement pour ça qu’ils risquent leur vie sur des barques (les "kwasas") pour tenter d’obtenir des soins, une éducation et des papiers à Mayotte. Avant d’être un département français, Mayotte fait avant tout partie de l’archipel des Comores. C’est absolument fou de voir comment certains Mahorais peuvent expulser gratuitement, sans se référer aux autorités, des gens qui à l'échelle du monde sont  leurs voisins, qui ont la même religion, la même couleur de peau, quasiment le même dialecte. Ils oublient que c’est eux qui vivent du bon côté de la pauvreté et n’ont aucune empathie. 

La majorité des sans-papiers de Mayotte sont déposés sur la petite île en face de notre village. Les passeurs les déposent de nuit sur cet îlot. Parfois, des habitants profitent de leur misère en leur faisant croire qu’ils sont déposés à Mayotte. Sauf que cet îlot est à quelques kilomètres de la véritable Mayotte, et c'est trop loin pour y aller à la nage, surtout pour des gens qui n'ont pas appris à nager. C’est alors que certains Mahorais, qui possèdent une barque, leur demandent de grosses sommes d’argent pour les amener sur Terre… C’est à vomir.




Coucher de soleil sur le lagon


J’ai dans une de mes classes de sixième une élève sans papier dont le père, la mère et ses 7 frères et sœurs ont été menacé d’expulsion dans leur village. Comment arrive-t-elle à venir au collège, à apprendre ses leçons et écouter mes cours avec la peur de voir en rentrant ses parents expulsés ou son Banga en tôle détruit ?





Maintenant, assez parlé des choses qui énervent, parlons plutôt des choses agréables. Avec Agathe, on a essayé le wake-board, tracté derrière un bateau. C’était génial. On met du temps à prendre ses repères, mais une fois qu’on se sent à l’aise, les sensations de glisse sont énormes.



Agathe trop fière avec la main en l'air!










La semaine dernière, on a loué un bateau avec des copains pour se balader sur le fameux îlot M’tsamboro, en face de chez nous. La journée a été épique : notre pilote était encore complètement bourré de la veille, il a failli rogner l’hélice de son vieux rafiot contre le fond, et le moteur est tombé totalement en panne à la fin de la journée, au moment de rentrer, quand le soleil déclinait. Il a appelé un copain à lui, pêcheur moins saoul et plus compétent, qui a pu nous ramener sains et saufs !


La plage de l'îlot M'tsamboro, où le jour les mzungus viennent pique-niquer en bateau,
et le soir les clandestins sont déposés...

Petite rencontre avec une raie au bord de la plage


A marée haute, le sable joignant les deux petits îlots Choizil
est recouvert par des vagues qui s'opposent face à face.


Il nous reste quinze jours de boulot avant les vacances. On part pour trois semaines à Madagascar, le long de la Route Nationale 7, entre la capitale, Tana, et Tuléar au sud-ouest. Au programme : 4x4 pour accéder aux randos dans les parcs nationaux, dégustation de zébu, petits restos, musique…

On vous racontera ça dans un prochain article !

Dur le dimanche!





La vie est un câlin,

Faites l’amour, pas la guerre,

Max et Agathe.